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Le jardin des conciliabulesJardin de l'âme et de la terre 16 October Le chêne et le secret (chap 4)
Chapitre 4
La côte est rude, escarpée, parsemée de pierrailles qui roulent sous les pas.Billy grimpe avec aisance, heureux de cet exercice, comme un cabri amusé. Mais Tom peine dans la montée ; ses pieds ripent et il manque de tomber.
« Attends moi, Billy ! Clame l’enfant.
Billy se retourne comme un chien qui attend son maître, si familier de la présence et des appels de son ami. Des odeurs de résine chatouillent les narines de l’enfant et l’aide sans doute un peu, car Tom est presque arrivé en haut de la colline ! Mais soudain, catastrophe ! Le pied de Tom glisse et l’enfant tombe. Il bascule sur le versant sombre et tapissé d’aiguilles, dévale entre les sapins sans pouvoir en retenir un seul, et…C’est le trou noir !... Billy bêle, cherchant son ami des yeux, il avance au-dessus du versant, tend le cou, puis recule sans cesse, inquiet et désemparé. Le temps passe… 50 mètres plus bas un petit garçon gît depuis deux ou trois heures dans une anfractuosité de rocher.Du sang a coulé et coagulé. Son visage est caché, face contre la terre.
Y a t-il une âme ici, quelqu’un qui pourrait sauver ce petit garçon ? Ami lecteur, viens avec nous sauver Tom, sinon l’histoire se termine ! Mais tu n’es qu’un spectateur n’est-ce pas ? Peut-être apprendras-tu au fil des pages, à passer la frontière entre réel, lointain, imaginaire et impossible ? Si tu sauves un enfant de ce monde, tu sauves Tom par la même occasion, car Tom est un symbole, comme d’autres personnages qui portent en eux cette part de vérité. Il suffit simplement pour l’histoire qui nous préoccupe d’avoir un grain d’espoir ! Bon, ce n’est pas le tout, mais il faut faire quelque chose ! On ne va pas en rester là ! Tom n’est pas venu pour rien !
Dans cette forêt épaisse et luxuriante, près d’un vaste espace planté de sapins bleutés, un homme habite à l’écart du monde. Il a choisi un recoin dissimulé à l’abri du vent, sa cabane est adossée contre les arbres, les vents d’hiver y sont adoucis. Nul chemin n’y passe, juste une sente étroite entre la végétation, qu’il a tracée à force de passer. Le sol de la maisonnette est couvert d’un épais tapis d’aiguilles de sapins. La porte est basse, et l’unique fenêtre sans carreaux, fermée à la mauvaise saison et la nuit par un panneau de bois. Un tas d’objets hétéroclites sont accrochés sur les murs de troncs horizontaux, et des récoltes attendent dans des récipients : des châtaignes, des noisettes, des champignons séchés, des racines, un mélange d’herbes aromatiques. Des bouquets de plantes médicinales suspendus à la toiture terminent leur séchage ainsi que des morceaux de viande fumée. Des boîtes s’alignent sur une étagère.Un fusil, une matraque, un arc, et une sorte de javelot, sont entreposés dans un angle de l’unique pièce. Une médiocre paillasse est surélevée par des sortes de pilotis. Une table et un banc rustiques, taillés dans du bois de sapin brut, trônent au centre de la cabane. L’homme est un Robinson hirsute, mais propre, autant qu’on peut l’être dans les bois, toujours habile de ses mains quand il ne part pas en chasse ou en cueillette. Des statuettes et des objets utiles ornent la petite habitation. Il va parfois en vendre dans les foires et revient avec des provisions.
Ce jour là, la lumière entre par l’ouverture et notre homme lustre un santon de bois, quand un bêlement insistant le surprend. Il sort en tendant l’oreille, et le vent lui confirme ce cri plaintif. Nul doute, c’est bien d’un animal qu’il s’agit ! Une chèvre égarée peut-être, ou prise à quelque piège. Il prend sa corde, sa besace et son chapeau, referme la porte et part précipitamment, intrigué par ce bêlement inquiétant. Billy est toujours posté à l’endroit où Tom a glissé. Quand il voit l’homme approcher il recule apeuré.
« Un petit mouton serait-il venu ici tout seul ? » S’intérroge notre homme qui connaît les lieux par cœur, familier de chaque recoin de son territoire.
Il amorce la pente avec précaution sur le versant glissant pour observer les rochers en contrebas. Il aperçoit l’enfant, et continue de descendre en se retenant aux sapins, et après avoir noué solidement sa corde à un tronc d’arbre. C’est avec d’infinies précautions qu’il ramène l’enfant jusqu’au sentier, puis jusqu’à sa cabane. Il allonge le petit Tom sur sa paillasse, ferme sa fenêtre par où la fraîcheur commence à rentrer, allume deux bougies et entreprend de nettoyer le visage tuméfié de l’enfant. Tom respire régulièrement, mais gémit dans un sommeil comateux.
« Tu t’es aventuré trop loin, petit bonhomme » dit l’homme de sa voix grave.
A ces mots Tom ouvre les yeux.
« Quelle souffrance t’a ainsi poussé à te perdre ? J’aurais pu te trouver trop tard ! C’est ton mouton qui m’a donné l’alerte. »
« Billy ! Où est Billy !? « S’exclame l’enfant en se redressant.
Une vilaine grimace de douleur pousse l’enfant à se recoucher, anéanti.
« Ne t’inquiète pas, il est là près de la maison », et l’homme ouvre sa porte.
Dans la pénombre qui descend sur la forêt, dans ce crépuscule à la fois doux et froid, Tom aperçoit la silhouette de Billy avancé sur le seuil et l’entend bêler. Tom sourit rassuré : « A demain Billy ! Tu ne pars pas, hein ! Tu m’attends ! »
La porte refermée, Tom observe la cabane, les murs et les recoins. Il se souvient de ce qu’il a lu dans la première masure de pierres, et son regard tombe sur un petit tableau accroché à droite de la paillasse :
« Retire toi du monde pour mieux y revenir. Comme un sage, trouve un refuge, une montagne, un ermitage, pour y soigner tes petites fêlures, pour y panser tes meurtrissures. Renonce au bourdonnement des humains, et la vie t’apparaîtra sous un autre jour. Alors, tu pourras revenir parmis les hommes et les voir d’un autre regard, apporter ta petite lumière, celle que tu as captée dans la solitude. »
Tom relit la citation à voix basse comme pour mieux la comprendre.
« C’est trop compliqué pour toi ! Dit l’homme. Dis–moi, qu’est-ce qui t’a poussé à venir aussi loin ?
« Je cherche un ami », répond simplement Tom.
« Et tu crois le trouver ici dans la forêt !? S’exclame l’homme en riant. Quelle drôle d’idée ! »
« Je voulais me retirer du monde avant de le trouver «, explique Tom en regardant à nouveau le tableau… « Je suis parti pour un long voyage. »
« Mais d’où viens-tu ? « Questionne notre Robinson.
Tom raconte en quelques phrases sa vie difficile d’enfant différent, les sarcasmes, l’indifférence, les moqueries, l’absence de sa mère, ses longs moments de solitude et sans parole, sinon à l’adresse de Billy ou du grand chêne, mais il se tait sur l’endroit d’où il vient. Il ne veut pas que l’homme puisse le ramener chez lui.
« Je suis sans doute un compagnon de passage, lui répond l’homme, nous sommes tous de passage dans la vie des autres. Parfois, heureusement un lien magique se tisse, indestructible, et l’on reste, si la vie le permet, présent et attentif, attendu et aimé …jusqu’à la venue de la mort, cette terrible marque d’absence.»
Tom dévisage cet homme qui semble se parler à lui-même.
« Je n’ai pas bien compris » intervient Tom.
« Oh ! Excuse- moi, c’est vrai, tu n’es qu’un enfant. Ecoute, je vais te soigner, te remettre sur pieds, et je t’indiquerai le chemin, puisque partir est là ton destin. Tu vas rester ici quelques jours, le temps d’aller mieux. »
L’homme se lève et va préparer une tisane qu’il fait boire à l’enfant par petites gorgées. Puis, il lui propose une bouillie d’avoine que Tom déguste avec délectation. Tom se sent mieux soudain, ce havre est une aubaine, et cet homme son sauveur.
« Merci » lui dit l’enfant avec un léger sourire, et il ferme les yeux pour s’endormir.
Feuillêtre (Copyright) Le chêne et le secret (chap 1 à 3)
Chapitre 1
Petit Tom est assis sous un chêne, il décortique de vieux glands et les donne à son mouton noir qui les avale goulûment comme des médicaments.
« Doucement Billy ! Déguste ! Tu vas t’étrangler ! »
Petit Tom est haut comme trois pommes malgré ses 10 ans. Les filles l’appellent : « le nain », les garçons : « le mioche », les adultes : « mon p’tit ». Petit Tom rêve de devenir un grand homme. Il se voit athlète en train de disputer une course à grandes enjambées, il se voit De Gaulle s’adressant au peuple, ou capitaine à la tête d’un magnifique vaisseau , Christophe Colomb découvrant de nouveaux rivages,ou encore chef d’orchestre dominant un cercle de musiciens.
« Bah ! Pense –t-il, en essuyant une larme, je peux tout aussi bien être Louis XIV, Napoléon ou Amadeus…Les petits aussi sont des grands hommes ! Seulement moi, je devrais vraiment tricher avec une perruque et des talons hauts, et si c’est toujours la mode de la coupe à la Barthez et aux Nike, je suis foutu ! »
Petit Tom essuie une deuxième larme, et une troisième coule déjà. Billy lui lèche la figure avec délice, et l’enfant enfoui sa tête dans les boucles brunes de l’animal docile et compatissant.
« Toi t’es un vrai ami Billy, tu sais toujours me consoler ! Allez viens, dit il en se levant, on rentre à la maison ! Mais j’ai un truc à faire avant. Tu vois ce gland, il est tout petit, mais je vais le semer là-bas, à l’orée du bois. Quand il sera devenu un grand chêne, je serai un grand homme, foi et parole de Tom ! »
Tom court jusqu’à l’entrée du bois des anges. On l’appelle ainsi car les femmes disent en avoir vus les jours de brume au-dessus de l’étang !
« Tiens, j’ai trouvé, il sera le chêne gardien, près de ce chemin !".
Tom avise un bâton avec lequel il creuse, puis il dépose le gland, tasse le terreau brun et remet les feuilles mortes à leur place. Il puise ensuite un peu d’eau dans une mare toute proche avec ses mains nues en forme de coupe, et arrose le petit gland, une fois, deux fois, trois fois.
« Bon, c’est assez ! dit –il, nous reviendrons demain ! »
Il pique une baguette de bois sec à l’emplacement de son semis, et regardant le ciel qui s’assombrit, il rentre à petits pas vers sa maison, suivi de Billy.
Le lendemain, après l’école, comme à son habitude, Tom revient avec Billy, manger son goûter sous le chêne, et rend visite à son futur petit arbre. Malheur ! La terre a été creusée, la baguette de bois sec plantée en repère est cassée. Tom remarque des traces : des pattes de chien sans doute !
« Quel idiot de clébard a pu s’intéresser à ma plantation, c’est quand même pas un os ! »
Tom pourrait très bien semer un nouveau gland, mais à genoux dans la terre humide il verse ses petites larmes qui sont devenues quotidiennes depuis quelques temps.
« A quoi bon planter un chêne … » murmure –t-il. Ses larmes arrosent même la terre, et une feuille se met à briller.
« Oh ! Une feuille d’or ! s’exclame Tom soudain tout heureux, je vais te faire sécher dans mon journal de bord, tu seras mon petit bonheur du jour ! »
Comme si ses larmes avaient séché sa peine, Tom rentre tout guilleret à sa maison. Petit bonhomme cahin –caha, lutin du crépuscule dans son coin de verdure, ami des arbres et du soleil couchant.
En rentrant chez lui Tom rase les murs, son père a encore pris une bonne cuite et ronchonne devant ses fourneaux. Tom n’a pas de mère paraît-il, elle est morte en le mettant au monde. Son père ne s’est d’ailleurs pas privé de le lui faire savoir en lui répétant régulièrement :
« Tu aurais mieux fait de ne jamais venir au monde ! Elle serait encore en vie ! »
Ce à quoi Tom baisse le nez en regardant ses petits pieds tordus, et il se fait encore plus petit, en reniflant.
« Arrête de chialer ! Lui crie alors son père, je disais ça pour blaguer ! Allez ! Va me chercher ma bouteille ! Ne reste pas planté là ! On va trinquer tous les deux ! »
Mais ce soir là, son père l’empoigne, et rouge comme un vampire assoiffé lui crie :
« Où étais-tu vaurien ?! »
La feuille d’or est tombée et le gros pied du père l’écrase dans la mêlée. « Adieu, bonheur du jour, sans doute étais-tu trop minuscule pour résister à la moindre tempête ! J’en trouverai une autre demain", songe-t-il en soupirant.
Tom hésite toujours entre espoir et désillusion, entre joie et peine.De même, parmi ses camarades à l’école, s’il trouve du réconfort à tous ces jeux, il se sent parfois si différent ! Il entend le rire d’une fille ou d’un garçon à chaque fois qu’il courre, comme un son moqueur et sans fin qui le poursuit. Il fuit les jeux brutaux des garçons, les matches de foot ou les cache-cache éperdus. Mais parmi les filles, il a toujours un rôle minable, le sentiment que leur générosité est feinte et que derrière leurs mines rieuses se cache un air narquois à son égard. Alors il reste souvent seul, prend un livre pour se donner une contenance, prétexte être fatigué ou avoir à réviser en vue du prochain contrôle, et observe leurs jeux de loin avec un sentiment d’amertume.
Un jour, une petite fille aux yeux bridés est arrivée à l’école. Elle avait une bouille de lune ronde, coiffée de fils d’ébène soyeux et veloutés.Comme elle était différente, les enfants se sont unis dans la moquerie et l’interpellaient en riant :
« Hé ! La mongole ! Œil de vipère ! Poil de suie ! »
La petite fille parlait peu, mais comprenait tout, elle partait dans un coin de la cour et fuyait les enfants. Un jour, trois grands l’avaient coincée dans cet angle de cour où elle n’aurait pas dû aller, en lui donnant des coups de pieds. Alors Tom n’écoutant que son courage était allé la délivrer.
« Eh toi, le mioche ! T’es amoureux ou quoi !? C’est ta fiancée ?
_ Non ! Avait répondu Tom d’un air assuré, mais si vous étiez à sa place vous penseriez quoi ? Auriez-vous envie de rire ?! »
Il avait bousculé les trois grands et pris par la main cette bouille de lune dorée et brune qui lui souriait. Ils avaient couru sous les sarcasmes mais ils s’en fichaient. Et tous les deux avaient vite sympathisé mêlant leurs mains et leurs regards, et ignorant les autres.
Seulement, le drame, c’est que dès le lendemain, la petite fille n’était plus jamais revenue. La maîtresse avait sévèrement puni les enfants chahuteurs et violents et prévenu leurs parents. La petite fille avait eu des bleus plein les jambes paraît –il, et ses parents étaient furieux. Tom avait beaucoup pleuré en cachette, près de son ami le chêne, avec Billy à ses côtés. Il repense maintenant à cette courte histoire, et à nouveau les larmes lui viennent. Pour un fois qu’il aurait pu avoir une amie !...Envolée !...Comme un rêve inachevé ! Pourquoi tout espoir doit-il mourir avant même de s’épanouir ?! Pourquoi toute bonne chose, toute joie doit-elle s’enfuir comme s’il était né pour la peine, comme si le bonheur le fuyait comme un pestiféré. Tom cache ses yeux derrière son livre, il ne voit même plus les mots car son regard se brouille. La cloche sonne, il faut rentrer, c’est la fin de la récré. Il se mouche, sèche ses yeux et clopine jusqu’à sa classe.
Cette nuit là, Tom fait un grand rêve. Ce genre de rêve prophétique lumineux et fluide comme un appel ou une évidence. Il est dans la forêt et il entend des voix. Des voix douces et d’autres graves. Il avance sur le sentier, à l’orée duquel il a planté un éventuel chêne, et partout des messages sont inscrits : sur les arbres et sur les feuilles, sur la terre et sur la mousse, et même dans le ciel qu’il aperçoit à travers les arbres. Mais il n’arrive pas à les lire. Juste avant de s’éveiller il entend :
»Tu dois y aller ! C’est important ! »
Il sursaute et ouvre les yeux, il regarde à travers la pénombre de la chambre s’attendant à voir quelqu’un.Mais non, personne…
« Oui, chuchote-t-il, je vais aller dans la forêt. »
Chapitre 2
Tom se lève de bon matin, les oiseaux chantent depuis près d’une heure, la brume a envahi ce coin de campagne et la lune a déjà disparu. Tom s’habille rapidement, fait un brin de toilette et chausse ses bottes. Il pense au Petit Poucet qui lui ressemble, et aux petits cailloux qu’il mettait dans sa poche. Seulement Petit Tom n’a pas de frère, et ne souhaite pas que de petits cailloux marquent son passage dans la grande forêt. Il entend le ronflement sonore de son père, et sans crainte de le réveiller descend à la cuisine malgré les craquements de l’escalier de bois. Il remplit un sac à dos de pain, de chocolat et de fruits. Il prend un morceau de viande cuit la veille et l’emballe dans un papier, attrape une assiette et des couverts, remplit sa gourde d’eau du robinet et range le tout dans son sac. « Je vais prendre de quoi écrire » songe-t-il soudain, et ouvrant son cartable il récupère deux cahiers et une petite trousse.Il arrache une feuille et inscrit à la hâte : « Ne me cherchez pas, je suis parti en quête de vérité aux pays des rêves bleus » Tom est assez fier de sa petite phrase énigmatique et contradictoire, même si l’idée poétique des rêves bleus ne vient pas de lui.La vérité au pays des rêves ! Voilà qui laisse songeur ! On va le prendre pour un illuminé ! Mais qu’importe !... Bon ! Il faut partir, l’aube se lève…Partir avant d’être vu. Disparaître au fond des bois avant que quiconque ne parte à sa recherche. Mais après tout, la forêt n’est pas le seul endroit où le chercher ! Et puis, c’est tellement vaste.Ces bois s’enchaînent de sylves en prairies, de bosquets en clairières pour s’étendre à l’infini sur des pans de collines sauvages enchevêtrées de broussailles. Personne ne pourra l’y retrouver ! Petit Tom attrape son anorak, il ne fait pas froid, la saison est douce en ce printemps, mais on ne sait jamais, la nuit peut le surprendre sans abri dans son souffle nocturne un peu trop frais. Il songe alors avec un frisson qu’il a donc bien l’intention de ne pas revenir de sitôt dans cette maison, et fourre dans ses poches une dizaine de petits objets, au hasard, comme pour s’approprier un peu de son univers et ne pas l’oublier.
Enfin prêt, Tom sort de la maison.La brume s’évapore et la nuit prend fin, les nuages au fond du ciel s’accumulent vers l’horizon pour laisser une prairie de lumière bleutée au-dessus du monde, irisée de tons rosés et jaunes , purs et veloutés. Tom court à l’enclos de Billy : « Viens ! dit-il à l’animal, on s’en va, c’est notre heure ! » Billy ne se fait pas prier et suit Tom, docile et chaleureux, comme à son habitude, content de cette promenade on ne peut plus matinale. Tom rejoint la clairière du chêne, sa prairie familière où chaque jour il retrouve un peu de sérénité après l’école. L’arbre majestueux et élégant trône, immuable et fier.Tom ne peut s’empêcher de le rejoindre : « Tu m’attendras grand arbre ? Je ne t’oublierai jamais. Merci pour ta présence, pour ton ombre et ton éternelle amitié ! Tu gardes peut-être un secret que je ne sais voir. Nous nous retrouverons lorsque je reviendrai.Je ne sais pas combien de temps je dois partir, mais ici je suis trop malheureux. Il me faut découvrir autre chose : le secret de la nature et de la vie, le message que l’on ne perçoit que dans une grande solitude et dans un profond silence. A bientôt grand chêne ! » Tom enserre de ses petits bras l’arbre impassible, comme on dit au revoir à un ami un peu déçu. Un souffle léger fait frissonner sa ramure et les premières petites feuilles de la saison. Tom ressent cette énergie accumulée au fil des ans, qui vient de l’arbre et qui lui est transmise, comme un mystère indéfinissable et en même temps, simple et vraie comme une accolade familière. Voilà, c’est parti pour l’aventure ! Tom et Billy empruntent le chemin principal ; là où l’enfant a semé son gland l’autre jour. « Tu es bien quelque part, le loup ne t’a pas mangé ! Alors peut-être auras- tu poussé lorsque je reviendrai ! » Le sentier est encore sombre, comme si en ces lieux, la nuit ne disparaissait que plus tardivement. Même les oiseaux se taisent encore. La brume étrange enveloppe la marche de nos deux amis et les accompagne en silence. Un cri venu du fond des bois fait frissonner Tom. « Un oiseau sans doute ! » songe l’enfant pour se rassurer.
Il marche durant plus d’une heure, son sac pèse un peu lourd sur ses épaules, la brume est épaisse, et Billy hésite à s’aventurer plus avant. Mieux vaudrait attendre une éclaircie. « Bon, d’accord, on fait une pause ! Allez ! Asseyons-nous ! » Comme il n’a pas déjeuné, Tom prend un morceau de pain et du chocolat sous l’œil intéressé de Billy qui l’observe en silence.Tom s’assoit et déguste son repas. En prêtant l’oreille il perçoit une source qui chante à deux pas de là, aussi il se lève et avance vers cette douce musique. Ce murmure le conduit au bord d’un cours d’eau .Jamais il n’avait été aussi loin dans le bois des anges. Depuis qu’il est petit il entend répéter : « N’y allez pas les enfants ! Il pourrait y avoir un animal méchant ou une sorcière qui vous attrape ! » Les histoires et les légendes abondent d’ailleurs en ce sens.Mais aujourd’hui, Tom n’a pas peur comme s’il avait grandi tout à coup. Soudain, là, tout près de la rivière tissée de mousses et d’algues fines coiffées par le courant, une petite maisonnette en pierres usées, comme un havre de contes de fées, se dessine à l’abri des broussailles. C’est à peine si la brume la laisse visible.Une partie de sa façade est recouverte de lierre épais, et un pommier dissimule la petite fenêtre au volet clos. Tom arrive devant une porte basse et frappe trois coups. Personne ne répond, la maison doit être abandonnée.Il baisse la poignée recouverte d’une fine couche de mousse verte et humide. A son grand étonnement la porte s’ouvre dans un grincement doux et étrange, comme un chuchotement amical et hospitalier.Ce qu’il voit sous ses yeux ébahis le sidère et le charme comme une vision de rêve, le comble de ravissement.
Chapitre 3 Des bouquets de fleurs aux tons mauves, parmes et rosés sont disséminés dans l’unique pièce, les uns sur le sol de terre battue, d’autres sur de petites marches recouvertes de soies irisées de tons bleutés. Posés sur un drap blanc, à même le sol, un magnifique tableau de maître plus haut que Tom trône au milieu de la maisonnette. Tom est frappé, comme tétanisé par le portrait : C’est de toute évidence celui de la petite fille aux yeux bridés venus à l’école quelques mois plus tôt. Elle a les mêmes yeux, la même coiffure, et un joli kimono fleuri. Elle sourit, élégante et charmante, et le petit garçon n’arrive plus à en détacher ses yeux, hypnotisé par la beauté de la fillette et son regard de princesse asiatique. Des rideaux de soie fine et colorée, fixés au plafond dissimulent avec grâce une partie du mur de pierres sèches. Le contraste entre la délicatesse de la mise en scène et la rusticité des lieux est tellement saisissant que Tom en a les larmes aux yeux. C’est la première fois qu’une telle émotion l’inonde. Billy est resté sur le seuil de la porte avec discrétion, et Tom est prêt à le rejoindre enfin, quand son regard avise soudain une inscription dissimilée derrière le rideau pastel. Délicatement, il soulève le tissu soyeux et lit à haute voix : « Qui que tu sois, apprends à porter ton regard derrière les portes que tu pousses.Ne juge en rien, observe et respecte, laisse parler l’émotion de ton cœur sur la beauté, sur les êtres, et sur toute chose.Repars ensuite, l’âme sereine, enrichie d’images, de sentiments et de connaissances. » Tom répète la phrase lentement comme pour mieux la comprendre et l’apprendre. En enfant attentif et studieux, il ouvre son sac, y prend son cahier et sa trousse. A genoux sur la terre battue, il recopie le petit texte. Son rêve de la nuit lui revient tout à coup. C’était donc ça les messages qu’il n’arrivait pas à lire !? La situation est tellement extraordinaire et étonnante qu’il ne sait plus trop s’il est dans le rêve ou la réalité. A reculons, comme à regret, il quitte la maisonnette et referme la porte sur la petite princesse entourée de fleurs.
Comme dans un rêve, il longe le chemin qui borde la rivière, l’eau murmure et serpente à travers les feuillages. Des renoncules y baignent leurs pétales, et des petits poissons filent par bancs parmi les algues douces. Tom se répète la citation comme une petite leçon, en oublie un passage, la relit dans son cahier et répète encore, comme si cela devait lui être utile plus tard…Avec un naturel d’écolier, mine de rien, entre un morceau de chocolat et de pain, et en observant la luminosité verte dans le cours d’eau. A force, il finit par comprendre ce qui au premier abord ne lui paraissait pas évident. Une grenouille a sauté en faisant tintinnabuler une gerbe de gouttes sur un objet qui brille. Intrigué, Tom aperçoit une bouteille qui flotte à la surface de l’eau. Avec son bâton de pèlerin ramassé depuis le matin, il ramène jusqu’à la rive l’objet qui ressemble étrangement aux bouteilles de bière de son père. Mais celle–ci est belle, vierge de toute étiquette et de toute trace d’alcool, purifiée par la rivière, et fermée par un solide bouchon de liège bien enfoncé à l’intérieur. Le petit garçon ouvre de grands yeux étonnés : « Oh, Billy ! On a un message ! » Après quelques difficultés pour ôter le bouchon et réussir à extraire le morceau de papier roulé, Tom accroupi au bord de la rivière lit tout haut : « Si tu es venu jusqu’ici, humble et serein, à petits pas, ne fais jamais demi-tour sans avoir atteint un but, poursuis ton chemin, aussi étrange puisse-t-il t’apparaître,car il te conduit de découvertes en découvertes, et tu trouveras la vérité que tu cherches ». « Ca par exemple, s’exclame Tom, c’est qui qui a écrit ?! _...Qui écrit ! » Semble résonner l’écho sur l’onde du cours d’eau. Tom prend son tube de colle et sous le premier message écrit de sa main place le petit morceau de papier, comme la suite de son aventure ou de sa quête de vérité. « Viens Billy, on continue ! »
La matinée est fluide et dense, la brume s’est littéralement volatilisée.Les oiseaux s’égosillent à tue-tête, le soleil réchauffe tout et pénètre au cœur de la forêt. Tom est heureux habité d’une joie nouvelle, comme il n’en a jamais connue. Il lui semble avoir toujours habité la forêt, tant elle lui paraît familière. Elle adoucit toutes ses peines des derniers jours. Midi est passé et Tom marche toujours, il est tellement absorbé par le paysage qu’il en oublie de s’arrêter pour déjeuner. Billy suit, fidèle et insouciant, il n’a pas oublié de croquer l’herbe tendre ou des petits bourgeons cueillis de ci de là ! Parfois Tom l’interpelle : « Allez, Billy viens ! On va être en retard ! « L’animal le regarde avec ses grands yeux noirs et semble dire : « Quoi ! Tu as un rendez-vous ? « Tom n’a pas de rendez- vous, mais il songe qu’il ne faut pas trop traîner en route, il ne sait pas où il va cependant, mais il y va, et d’un bon pas pour « un petit bonhomme mal foutu » comme dirait son père ! Parfois, il s’arrête et observe tout autour de lui. Ici, il ne se sent pas seul, une divine présence plane et le remplit d’une joie subtile.
Vers deux heures de l’après –midi, le ciel s’est un peu obscurci, le chemin s’est fait plus étroit et moins clair, et comme par magie il débouche dans une clairière. Au centre, les vestiges d’un feu : des pierres et des morceaux de bois calcinés, témoignent d’un passage récent. Il y a même une vieille casserole usée et un morceau de carton près de l’âtre: « A la croisée des chemins, si tu hésites, recueille toi un instant, appelle le meilleur de ton destin, et va vers celui qui t’apparaît le plus sage ou le plus important ». C’était écrit d’une main sûre, comme un jeu de piste à poursuivre. « Mais comment savoir ?! » s’exclame Tom. D’un regard il fait le tour de la clairière. Il y a en effet quatre ou cinq chemins différents. Lequel emprunter ? Un vent frais s’est levé et le morceau de carton s’échappe.Tom court et le récupère, l’enfouit dans son sac et reprend son bâton.Puis levant son regard vers le ciel, il interroge : « Où dois-je aller ? » Une petite voix intérieure résonne en lui : « Recueille toi, la réponse est autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de toi.Il te faut observer autour de toi, lever ton regard vers le ciel, puis rentrer en silence en toi-même, et la réponse viendra. » Du haut de son arbre, un oiseau blanc, calme et majestueux observe la petite silhouette qui se recueille au centre de la clairière, dans le silence et les murmures de la forêt. Lentement, un peu hésitant, l’enfant disparaît, suivi du mouton noir, sur un sentier sinueux, entre les sapins bleutés. Le bois des anges est loin. Ici, c’est une immense forêt qui grimpe à l’assaut des montagnes. L’enfant n’a pas pris le chemin le plus aisé, mais c’est ainsi, et rien ne le fera plus reculer. L’oiseau pousse un cri et s’envole au –dessus de cette nature chaude et âpre en cours de renaissance printanière, si dense par endroits que l’enfant se confond doucement dans les feuillages, absorbé, comme en fusion dans cette atmosphère sauvage.
(photos en suspend suite à des difficultés de connexion) Feuillêtre (Copyright) A suivre...
15 June Les puitsIl y avait en ce temps là , dans une région de la planète, des habitants dans les puits. Ces puits n'étaient pas remplis d'eau, ils possédaient simplement une source qui désaltérait les êtres humains et leur apportait des forces . Au fond de leur puits les hommes avaient installé leur refuge. A l'extérieur, les puits étaient ornés de fleurs qui poussaient suivant l'abondance des sources et la créativité des hommes. Certains puits étaient ouverts , il s'en échappait des sons et des musiques, des voix et des rumeurs. La colère montait de certains, le calme et l'appaisement d'autres puits.On entendait des chants ou des cris suivant les refuges .
Une année la sécheresse fut telle que les rivières s'asséchèrent, et que les pauvres cherchèrent désespérément de l'eau. Les habitants se consultèrent et décidèrent d'un commun accord de permettre aux "sans puits" de puiser à leurs sources. Ce fut ainsi que les puits se transformèrent pour le meilleur et pour le pire: certains devinrent désespérément secs de ne jamais partager leur ressources, d'autres furent inondés d'avoir trop donné. Cependant, les hommes ne durent leur survie qu'à ces sources abondantes, insondables et infinies que certains avaient su partager.
Les plus économes et égoïstes périrent au fond de leur pauvre refuge asséché,les plus partageurs sortir de leur abri et construisirent pierre après pierre des maisons au grand air."Tiens se dirent-ils,comment n'avons nous pas eu l'idée plus tôt!" Des jardins poussèrent par miracle, et des sources nouvelles furent découvertes pour arroser leurs fleurs et leurs récoltes.
C'est ainsi que depuis, certains puits abreuvent toujours des communautés entières, et que d'autres sont définitivement fermés.
Feuillehêtre
13 June Les pierres du cheminDes cailloux gris dans le passage Des cailloux blanc pour un message La pierre froide en paysage L'ardoise lisse en cahier sage La pierre plate en feuille douce Le quartz en mille diamants Le granit en pierre de mousse Pour un refuge au firmament Le caillou rond en pierre de lune les grains de sable en campanules ![]() Feuillehetre 10 June Quelques fleurs en plusAccrochez des fleurs à vos fenêtres
Des étoiles à vos peut-être
Ornez vos balcons de couleurs
Mettez des joies à votre coeur
Semez en toute simplicité
Plantez ,arrosez , observez
Recevez les cadeaux du jour
La pluie, le soleil et l'amour
Dans Les mots ou le silence
Respectez en patience.
9 June En cherchant la petite bêteRegard ouvert Petit monde couleurs mystères Des herbes blondes Eclat de pierres précieuses Vols entre ciel et terre Nuances délicieuses L'nstant où se taire Il se confond dans les couleurs de la terre, il replie ses ailes tel une feuille morte. Capter l'instant d'épanouissement fugace. Tout d'abord il ne se voit pas, il faut équarquiller le regard Et parfois ce n'est que sur la photo qu'il se laisse admirer Papillon alerte et vif, qui ne se pose qu'un instant, à capter dans l'herbe folle, si petit dans son envol. Si délicat, si menu, tout en habit de gala, élégant,en attente de sa belle. Une rencontre sur un lit de pétales dorés.Petit monde innocent entre chaleur et rosée. Texte et photos Feuillehetre 7 June Le petit pont de boisOn n'imagine pas combien d'êtres vivants peuvent traverser mon jardin ou s'y installer!
De nombreux insectes, de nombreux oiseaux, de nombreux papillons, des araignées en pagaille,des gastéropodes par centaines et tous les chats du quartier!
Celui-ci est un habitué qui se prélasse et daigne à peine lever un oeil à mon passage, l'air de dire:"Que fais-tu chez moi?"
Avec ma copine la grenouille c'est excellent cette petite sieste sur le petit pont de bois!
Tiens il y aurait bien un p'tit poisson à croquer!
![]() Cette petite chatte noire est une autre passagère des lieux!Mais c'est chacun son tour!
![]() ![]() 6 June Eaux fortes Reflet de vie
Densité de l'onde
Source d'envie
Feuille vagabonde
Silence lumineux
sur fond de limpidité
Secrets épineux
Fluidité
Où se déposent
Les années.
5 June Transparence Port La Forêt (Finistère)
L'air est bleu
Le ciel transparaît la lumière
L'horizon n'existe plus
Confondu dans l'océan
La mer est d'azur
Seul le port au loin
Se dessine dans une brume douce
Lumineuse en surbrillance
Comme un atoll
Comme une bulle
Est cet instant d'espace
Le sable, la vague et midi au soleil se reposent
4 June Peintures en herbeLes barques se reposent, les marais se colorent d'herbes et les insectes foisonnent dans la douceur du jour.Les champs fleurissent dans l'air sucré salé. Regards de loin, regards de près, cueillette pour le peintre... |
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